Cette semaine, une chaîne de télévision diffusait le film Les Sentiers de la Perdition, une éblouissante œuvre noire menée par une mise en scène maîtrisée de Sam Mendes et des interprètes charismatiques. Au moment de la sortie du film en salles, l’équipe avait longuement évoqué la conception de cet univers sombre qui joua un rôle fondamental dans le déroulement de l’histoire.
« Tout devait être discuté en détail, des semaines à l’avance, avant d’être recréé ou fabriqué, explique Sam Mendes. Je voulais que le film témoigne de cette époque, mais sans effet d’annonce ; qu’il soit pour le spectateur une fenêtre entrouverte sur le passé. Je voulais aussi en finir avec certains clichés habituels sur les gangsters : adieu costumes croisés et guêtres blanches ! Et s’il reste bien une mitraillette, son rôle est pour le moins inhabituel. (…) En préparant la scène de la veillée funèbre, nous avons appris que les corps étaient parfois étendus sur des lits de glaçons pour en retarder la décomposition, la glace fondue étant recueillie dans des seaux disposés autour du cadavre. Ce détail stimula notre imagination. C’est ainsi que nous avons élaboré un leitmotiv visuel liant l’eau et la mort, pour symboliser, à travers les mutations du liquide, l’inexorabilité du destin. L’eau et la mort sont deux des choses que l’homme ne peut prétendre contrôler … »
« Cette mode du début des années trente est aussi loin de l’exubérance des « Roaring Twenties » que des lignes effilées des années trente-cinq, dit le chef costumier Albert Wolsky. C’est une période difficile à cerner et à représenter. (…) Contrairement à notre époque, les gens utilisaient quasiment chaque jour les mêmes vêtements. On le voit bien dans le film : Michael et son fils portent du début à la fin le même costume, le même chapeau, le même manteau, de plus en plus défraîchis au fil des scènes. (…) Les tissus actuels sont beaucoup plus légers, ils tombent autrement que ceux des années trente. Or si vous n’employez pas la bonne étoffe, vous perdez fatalement le feeling d’époque. Après divers essais, j’ai déniché un tailleur de l’Etat de New York, Rabbit Goody, propriétaire des Thistle Hill Weavers, qui accomplit un véritable exploit, nous livrant d’énormes quantités de tissus du poids requis, que nous avons ensuite teints et patinés. (…) Je savais, grâce aux indications de Sam Mendes, qu’il ne s’agissait pas de mettre en valeur des détails vestimentaires, mais de se concentrer sur la couleur et la silhouette. En outre, il me paraissait impensable d’illustrer cette période dans des coloris pimpants et euphoriques, et c’est pourquoi j’ai estompé au maximum les couleurs. »
« La décoration du film est totalement asservie aux personnages, dit le chef décorateur Dennis Gassner. Sam et moi avons cherché à créer une série de décors qui soutiennent l’histoire tout en répondant aux humeurs des protagonistes. Ainsi, la maison des Sullivan est traitée dans une gamme bleu acier qui s’accorde à la rigueur du climat hivernal autant qu’à la froide ambiance familiale. Celle de Rooney est sensiblement plus chaude parce que ce gangster ne manque ni de charme, ni de style, ni de chaleur humaine. »
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