Dark City se classe parmi les œuvres de science fiction les plus abouties de ces dix dernières années. Proyas avait repris cette histoire qu’il avait écrite lors du tournage de The Crow mais décida d’en changer l’interprète principale. En effet, à l’origine, le héros du film devait être l’inspecteur de police (joué par William Hurt), mais Alex Proyas jugea plus efficace de mettre finalement au premier plan le jeune Murdock (Rufus Sewell) pour explorer davantage le thème de la paranoïa. Ce dernier se réveille dans une chambre d’hôtel, totalement amnésique, et découvre le corps d’une prostituée au pied de son lit. Pensant qu’il a perdu la tête et qu’il est devenu un meurtrier, l’homme s’enfuit du bâtiment et s’enfonce dans les rues ténébreuses d’une ville qui cache bien des secrets. C’est dans ce labyrinthe qu’il découvrira sa vraie personnalité mais aussi l’identité de ce monde étrange.
Alex Proyas demanda au designer Patrick Tatopoulos de le rejoindre sur le projet pour élaborer les décors du film. Le tournage ayant lieu en Australie, un problème de visa va contraindre l’artiste à accepter d’abord un poste d’illustrateur conceptuel avant d’enchaîner au cours de la production, sur un vrai poste de chef décorateur. C’est ainsi que durant deux années, Tatopoulos élaborera de nombreux concepts de la grande ville ainsi que du monde souterrain. « Alex et moi avons commencé à travailler sur le concept de cet univers souterrain deux ans avant le tournage, dit le designer, et nous avons toujours su qu’il fallait qu’il soit à base de métal rouillé. Il y a du désespoir chez ces Etrangers, parce qu’ils savent que leur monde est en train de disparaître – c’est ce qui ressort de l’aspect des décors. » Des oeuvres qui impressionnèrent l’acteur Rufus Sewell : « Lorsque Alex m’a envoyé les premiers croquis de ces décors, j’ai été encore plus enthousiasmé que lorsque j’ai lu le scénario. Ce monde souterrain était vraiment extraordinaire – un peu effrayant, très excitant, et plein de gens chauves ! »
Lorsque les plans défilent sur le grand écran, il est nul doute que les pattes artistiques de Murnau et de Fritz Lang ont fortement influencé le travail de l’équipe. « Pour ce film – jusqu’à un certain point – nous avons pris Metropolis comme source d’inspiration, révèle Alex Proyas, et nous avons essayé d’imaginer une ville sans détails marquants. Nous voulions absolument créer un paysage urbain qui donne l’impression de vide. Chaque fois que je venais vérifier un plateau, je passais une demi-heure à enlever des détails, parce que je voulais isoler les personnages dans un univers vide, vacant. (…) Au départ, nous voulions donner au film un aspect presque documentaire, bien que finalement ça n’ait pas été le style retenu. Je voulais qu’on puisse croire que la lumière était celle dont on peut disposer naturellement. Dans un film comme celui-ci où l’on ne travaille que dans des studios, je voulais que les acteurs aient le sentiment qu’ils étaient toujours dans le monde réel, c’est pourquoi je n’omets rien dans les décors, au lieu d’enlever un mur et d’y mettre une forêt de caméras, de micros et de lumières, comme s’ils étaient des insectes qu’on observe sous un microscope – même si, finalement, il s’avère que c’est ce que sont les humains, dans ce film ! (…) Je crois que si le monde des Etrangers apparaissait comme une forme de high-tech vieillot et gothique, il contrasterait violemment avec les décors de surface qui sont un peu moins sales qu’une vraie grande ville – une sorte de Disneyland sombre. (…) Durant tout le tournage, nous n’avons tourné que deux jours à la lumière du soleil – les scènes de plage. Comme les personnages du film, l’équipe a passé plusieurs mois enfermée dans le noir. »
©Illustration Patrick Tatopoulos
©Images video New Line
Extraits de Dark City
storm
dim 23 déc 2007 11:40